Introduction
Le nombre de cryptomonnaies est en constante croissance. Plusieurs mécanismes ou projets ont permis une création extrêmement facile de nouvelles cryptomonnaies. D’un autre côté, les projets innovants, utilisés par un grand nombre de personnes, avec des développements continus sont très rares sur l’ensemble des cryptomonnaies connues.

Le graphique ci-dessus montre le nombre de cryptomonnaies différentes, monitorées par CoinMarketCap. On observe, fin 2024, une explosion non négligeable des cryptomonnaies suivies par le site.
Définition
Sémantiquement, on fait souvent une distinction entre “coin” et “token”. Un coin est la monnaie native d’une blockchain : bitcoin (BTC) sur Bitcoin, ether (ETH) sur Ethereum, SOL sur Solana… Ce sont les monnaies propres à leur blockchain.
Fun fact, le DOGE de Dogecoin est un coin, car Dogecoin a sa blockchain dédiée.
Un token, par contre, est une cryptomonnaie créée sur une blockchain existante. Sur Ethereum, par exemple, il est possible de créer son token qui peut être utilisé pour pleins d’usages différents. Pour en citer deux sur différente blockchain : le Shiba Inu (SHIB) sur Ethereum, le Trust Wallet Token (TWT) sur Solana…
La création de ces tokens n’est pas nouvelle et, sur Ethereum, elle est faite via un smart contract. Avec le temps, un type de smart contract s’est standardisé pour la création de token, c’est le standard ERC-20.
ERC-20
Tout d’abord, un Ethereum Request for Comments (ERC) est une proposition de standard Ethereum. Celle-ci sont créées par la communauté afin de proposer de nouveaux standard qui pourraient profiter à l’écosystème Ethereum. L’ERC-20 est proposée en décembre 2015 et est donc une proposition de standardisation pour la création de token.
Les paramètres principaux lors de la création d’un token sont les suivants :
- Nom
Exemple : Consensus Token - Symbole. C’est une abréviation utilisée pour les interfaces
Exemple : CSST - Supply Totale. Quantité totale créée à l’émission.
Exemple : 21’000’000 - Adresse recevant cette supply initiale.
Explication : Le créateur du token assigne toute la supply à une adresse spécifique. Adresse EOA ou un contrat de distribution. - Mécanisme de mint.
Explication : Le mint est le fait de créer des tokens après le déploiement Paramètre associé : Une adresse autorisée à mint - Mécanisme de burn.
Explication : Au contraire de mint un token, il est possible d’en détruire (brûler). - (Optionnel) Supply max (cap)
Explication : Limite maximale au-dessus de laquelle aucune émission n’est possible.
Il est donc possible de paramétrer en profondeur un token en fonction des envies du déployeur. Cela permet une grande variété d’utilisation des tokens. Ceux-ci ne sont donc pas forcément utilisés uniquement à des fins mercantiles.
Liens entre le token et son smart contract
Une fois qu’un token est créé, la blockchain Ethereum le voit comme n’importe quel autre actif, il devient alors échangeable, utilisable, transférable comme tous les autres.
Techniquement un token reste lié à son smart contract dans le sens où c’est ce dernier qui définit les règles de fonctionnement des tokens. Cependant, d’un point de vue de l’utilisateur, ces tokens peuvent être utilisés comme tous les autres.
Forces du système
Un tel système a plusieurs forces qui me semblent fondamentales.
Premièrement, tout le monde peut créer son token et ce dernier peut représenter quantité de choses parmi, un droit de vote, une monnaie, une blague, des participations à un projet, une unité pour payer des frais, etc. Chacun peut créer, s’il en a besoin et pour n’importe quel projet une unité de compte dont il a le contrôle total.
Deuxièmement, la gestion d’un token est clairement définie dans son contrat. Est-ce que sa quantité est finie ? Est-ce que quelqu’un peu en créer ou en supprimer ? Quelqu’un possède-t-il une quantité importante de la supply ? Tout est transparent ! Il est alors possible d’auditer soi-même n’importe quel token et de lui accorder sa confiance ou non. N’oublions pas qu’une blockchain est avant tout une histoire de confiance.
Point de vigilance
Je m’autorise à donner mon avis, spécifiquement sur l’achat de cryptomonnaie, car le point que nous allons voir ne m’a été familier que trop tard et me semble très important.
La première étape est, bien sûr, de comprendre le projet qu’il y a derrière une cryptomonnaie pour se faire un avis solide dessus. Si le projet parait intéressant, il convient, selon moi, de comprendre ce que représente le token dans ce dernier, ses fonctions économiques et techniques qui le lient au projet. Un token peut avoir une forte fonction technique sans pour autant capter de valeur économique du projet. C’est pourquoi, à mon avis, comprendre les liens entre le projet et son token doit être fait avec autant de soin que de comprendre le projet en lui-même.
Exemple
Pour illustrer cela prenons un exemple que je connais bien et dans lequel j’ai investi en ne le comprenant que plus tard : le BORG de Swissborg. Posséder du BORG vous permet plusieurs choses.
Fonctions techniques
- Droit de vote : 10 BORG = 1 vote pour des choix donné à la communauté concernant l’écosystème.
- Niveau de premium : plus vous possédez de BORG, plus vous aurez un niveau de premium élevés, cela induit par exemple des frais plus bas ou des accès exclusif à certains produits.
Fonction économique
Le BORG capte de la valeur économique de plusieurs façons. La première est la plus naturelle, si ses fonctions dans l’application Swissborg intéressent beaucoup, son prix va naturellement augmenter sous une demande plus forte.
Deuxièmement, une partie des frais générés pour Swissborg lorsqu’un utilisateur achète n’importe quelle crypto est utilisée pour racheter du BORG. Cela induit une pression acheteuse sur le token, plus les gens trade, plus il y a de BORG achetés. Ce mécanisme, appelé buyback, permet de faire monter le prix et donc de récompenser ceux qui possèdent déjà du BORG.
Prix final
C’est ce genre de fonctions qu’il faut analyser et comprendre pour juger de la pertinence d’un token et, d’un point de vue strictement financier, c’est comme ça qu’on peut commencer à juger si c’est un potentiel bon investissement ou pas.
Je peux créer le meilleur projet de l’univers, que tout le monde utilise et qui génère des frais monstrueux. Mais un token qui y est associé dont le prix et dérisoire, si ce dernier ne sert à rien et ne capte aucune valeur de mon fabuleux projet. En résumé, un token n’est pas le projet. Il peut y être plus ou moins intégré et c’est une chose à absolument analyser.
Le prix final du token est dans tous les cas soumis au marché et celui-ci peut donc fortement varier. De ce fait, un super projet avec un token qui l’est tout autant peut quand même aller à zéro.
Concept de tokenomic
L’analyse que je viens de décrire s’appelle la tokenomic d’un projet. C’est le fait de comprendre les liens entre un projet et son token ainsi que le design du token en tant que tel.

Design du token
Le design du token comporte l’ensemble des paramètres qui sont donnés lors de la création de son smart contract. La supply maximum si elle existe, mécanisme de mint, de burn, la distribution du token…
Un token qui peut être créé sans limites aura potentiellement une grande inflation et peut voir son prix, sur le long terme, augmenter plus difficilement qu’un token dont la quantité est finie.
Fonction technique
Le token a-t-il une quelconque utilité pour le projet ? Si oui laquelle, droit de vote, payement des frais de gas, possibilité de sécuriser la blockchain (PoS)…
Fonction économique
Le token capte-t-il une part de la valeur que génère le projet ? Existe-t-il quelconque mécanisme en place qui redistribue les gains faits par un projet au détenteur des tokens (directement ou indirectement) ?
Token fongible
Pour finir, j’aimerais aborder la notion de “fongible”. Sa définition stricte est la suivante :
Se dit des choses qui se consomment par l’usage et peuvent être remplacées par une chose analogue (denrée, argent comptant).
Entre deux tokens BORG, il n’y a aucune différence, les deux ont la même valeur et ils sont indiscernables l’un de l’autre. En théorie, deux pièces de 2 francs sont exactement les mêmes et ne peuvent être différenciées. En pratique, il y a évidemment des pièces plus rares et donc des collectionneurs. Sur la blockchain par contre, la notion de fongibilité est parfaite. Le premier bitcoin n’a pas plus de valeur que le dernier qui aurait été miné.
Vous avez déjà entendu parler des NFT ? Ces derniers sont des tokens non fongibles, c’est-à-dire que chacun d’entre eux est unique.
Résumé
Dans ce dossier un peu plus léger, on a compris qu’il existe deux « types » de cryptomonnaies : les coins (BTC, ETH) et les tokens.
Je me suis permis aussi de parler d’investissement surtout pour vous mettre en garde. Un projet génial qui rapporte beaucoup d’argent ne va pas forcément déverser de la valeur dans son token, et ce dernier ne va donc pas s’apprécier s’il n’est pas correctement intégré. Étudier la tokenomic d’un projet et un exercice primordial avant d’acheter un token.
